Seul au monde : Chronique d’un naufrage consenti
L’imposture du miroir animal Regardez-les s’agiter. On nous rebat les oreilles avec notre parenté biologique : le pouce opposable pour broyer la pierre ou scroller sur du vide, l’instinct grégaire qui nous rassure quand le froid monte. Les singes s’épouillent, les dauphins s’envoient des signaux imperceptibles dans l’éther bleuté, et nous, on s’égosille avec des codes et des syntaxes de pacotille. Mais grattez le vernis social, et vous verrez la faille.
Il existe une sous-espèce, une mutation foireuse dont aucun bestiaire ne veut : le politicien. Cherchez la ressemblance, vous perdrez votre temps. Dans la savane, une lionne ne va pas dépecer un buffle pour en offrir les meilleurs morceaux à une hyène sous prétexte de « solidarité inter-espèces ». La bête tue ce qu’elle consomme, ni plus, ni moins. Elle ne ment pas sur sa faim. Le matin, quand je m’extirpe du lit, la sueur au front, je sais pour qui je vends ma carcasse. On ne bosse pas pour la gloire du voisin, on bosse pour sa propre gueule, pour remplir l’écuelle. C’est la vérité du terrain.
Le théâtre des ombres et le navire percé Eux, non. Ils montent sur l’estrade, la bouche pleine de « causes nobles » et de « sacrifice ». Ils vendent leur santé — disent-ils — pour veiller sur l’éducation de nos mômes. C’est beau comme une image d’Épinal, mais ça pue le soufre. Une fois le cul posé sur le velours du pouvoir, le grand tour de magie commence : tout disparaît. On me dira que je suis le cliché du chômeur aigri, celui qui vomit son fiel parce qu’il est sur la touche. Peut-être. Mais regardez le navire : il prend l’eau de partout, la coque grince, et les commandants de bord continuent de pisser sur la boussole sous prétexte qu’on leur a donné un mandat de cinq ans pour couler avec nous.
S’ils avaient eu l’honnêteté brutale de dire : « Moi président, je vais saturer les morgues du chômage, étaler mes draps sales en public et taxer votre droit de respirer », personne n’aurait voté. On a acheté des promesses, on récolte des décombres. On lit l’horreur dans les faits divers, ces types qui éliminent leur famille avant de se flinguer. Pourquoi laisse-t-on ces malades du pouvoir faire de même avec un pays ? Un « Flamby » maison, une mixture amère qui tambourine des slogans vides devant des otaries qui applaudissent à chaque poisson mort balancé depuis la tribune.
L’abattoir global : La mondialisation ou l’art du suicide assisté Parlons-en, de leur chef-d’œuvre : la mondialisation. Ce n’est pas un échange, c’est une délocalisation de la souffrance. Nos génies de l’économie ont concocté un plan infaillible : pour éviter de voir la misère frapper à notre porte, on l’a exportée. On a installé des usines de mort devant le paillasson des autres. On leur refile la pollution, les déchets toxiques et les salaires de famine, et on appelle ça « donner du travail ». C’est le « gagnant-gagnant » des prédateurs : ils gardent la suie, on garde le dividende.
Mais le calcul est court-termiste, presque débile. On fabrique là-bas ce que ces gens n’auront jamais les moyens d’acheter, pour le revendre ici à des gens qui n’ont plus de boulot pour se le payer. On a tué l’artisan pour adorer le container. L’État taxe tout ce qui bouge encore, mais plus rien ne bouge. C’est le triomphe du vide : des rayons pleins de merdes en plastique produits par des esclaves modernes pour des consommateurs en fin de droits. On vide les veines du pays pour nourrir un monstre froid qui n’a pas de visage, juste un cours de bourse.
L’anticonformisme et la parade des fous Je ne porte pas de chaussettes assorties. C’est dérisoire, une micro-rébellion dans ce monde formaté. Mais mon esprit de contradiction m’empêche de gober les prophéties des experts de plateau. Entre les prédictions des uns et les « ignominies » des autres, le paysage politique est un champ de ruines où le centre a été balayé par l’absurde. On nous vend de l’altruisme, on nous livre de l’égoïsme pur jus. Même ceux qu’on aimait écouter finissent par nous trahir, s’éloignant des démunis dès que l’odeur du pouvoir leur monte au nez. Georges Marchais aurait hurlé au scandale ; aujourd’hui, le scandale est devenu le papier peint de nos vies.
Le crépuscule des damnés : 67 ans et toujours au piquet
L’arnaque du repos éternel On nous a vendu un contrat, une promesse de fin de vie digne, et on se retrouve avec une sentence. À 67 ans, je devrais regarder le soleil se coucher sans compter chaque centime, mais la réalité me pète à la gueule chaque matin. La retraite ? Un mirage. Un chiffre dérisoire sur un relevé bancaire qui ne couvre même pas le panier de survie de base. Alors je repars, les articulations qui grincent, le souffle court, pour payer des factures qui grimpent plus vite que mon espérance de vie. C’est ça, la France d’aujourd’hui : un pays qui dévore ses vieux après les avoir essorés pendant quarante ans.
La faim au bout de la fiche de paie Regardez les rayons de supermarché. Ce n’est plus de la nourriture, c’est du luxe. On arbitre entre le chauffage et les protéines. On se demande si on va pouvoir s’offrir le « privilège » de manger de la viande deux fois par semaine. Et pendant ce temps, le fisc attend son dû avec une régularité de métronome. On travaille pour payer le droit de travailler, pour engraisser une machine qui nous recrachera dès qu’on sera trop lents, trop usés, trop réels. Le mépris des « gens d’en haut » pour notre sueur est total. Ils parlent de « vieillissement actif » pour ne pas dire « esclavage senior ».
La vérité du terrain : Un naufrage sans bouée Je ne suis pas seul, je le sais. On est des milliers, cachés derrière nos comptoirs, nos volants ou nos bureaux de fortune, à 65, 66, 67 ans, obligés de faire semblant d’avoir encore la flamme alors qu’on a juste la dalle. Le système est en train de se bouffer lui-même. On nous demande de l’altruisme, de la patience, de la résilience, mais qui a de l’empathie pour le retraité qui compte ses pièces à la caisse ? Personne. Les politiques, eux, s’assurent des fins de mois en or massif pendant qu’on ramasse les miettes de nos propres cotisations.
Conclusion :
L’horizon de cendres Ne vous y trompez pas, le pire n’est pas derrière nous. L’incompétence crasse et l’arrogance de ces « malades du haut » ouvrent un boulevard aux forces les plus sombres. Ils jouent avec les allumettes dans une soute à munitions. Ils veulent nous uniformiser, nous faire manger la même bouillie, parler une langue de bois universelle, nous convertir à leur laïcité de façade ou à leur pensée unique par peur de la diversité qui, elle seule, génère l’intelligence qui leur manque.
L’avenir n’est pas une promesse, c’est une condamnation. Le changement est en marche, oui, mais c’est le changement de la décomposition. Dans deux ans, dans cinq ans, il ne restera plus rien à sauver, juste un paysage calciné où les derniers hommes se battront pour des restes de conserve sous l’œil indifférent des marionnettistes qui auront déjà déserté le navire. On ne répare pas un pays avec des mensonges ; on se contente de regarder les flammes monter en espérant que la fin sera brève.
L’avenir est une insulte Le désespoir n’est pas un vain mot, c’est une compagne de lit. Voir ses efforts d’une vie entière se dissoudre dans l’inflation et les taxes, c’est une insulte à notre humanité. On nous pousse vers une fin de vie indigne, une lente agonie sociale où le travail n’est plus une fierté, mais une chaîne au pied pour ne pas sombrer. Le navire France ne coule pas seulement, il nous utilise comme lest. Si c’est ça le progrès, alors je préfère la révolte du silence à leur bruit de couloir.
Je n’ai plus d’illusions, juste une colère froide qui me tient debout.
Je vous quitte en vous embrassant bien fort.
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